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Le Jazz Club de Montpellier

Saison 2019



L'édito d'Arthur FELL
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Quelques Mots Clés du Jazz

 Sur la suggestion de Michel Legris, pianiste du Jazz Club de Montpellier, voici la réunion des 3 derniers éditos destinés à présenter et à expliquer brièvement quelques mots clés de la musique de jazz. C'est utile de connaître la terminologie musicale utilisée par les jazzmen pour contribuer au plaisir d'écouter leur musique. Ces mots clés sont présentés ici par ordre alphabétique.

AABA - Les morceaux de jazz ont d'habitude une structure classique qui est: AABA c'est à dire, thème (A)-thème (A) -pont (B)-thème (A)

A CAPELLA - Parfois la voix seule se fait entendre sans aucun accompagnement d' instruments de l'orchestre.

ACCENTUATION - "Accentuer" veut dire mettre une ou plusieurs notes en valeur, souvent par plus de volume.

ACCORD - L'émission simultanée de plusieurs notes selon un ordre défini.

AD LIB - C'est l'abréviation du latin ad libitum qui veut dire "à volonté". Les jazzmen jouent ad lib lorsqu'il improvisent "à volonté" avec des déviations des mélodies et souvent la structure des accords du morceau joué.

AFTER BEAT - Terme anglo-saxon que l'on traduit littéralement par "après le temps". Il s'agit pour les rythmiques de marquer les temps faibles. Dans un morceau à quatre temps (4/4) ce sont les deuxième et quatrième temps qui sont les temps faibles. L'after beat est surtout employé sur les morceaux très dansants.

ALBUM - A l'époque des disques 78 tours, plusieurs disques étaient regroupées dans un album. Aujourd'hui le terme sert à désigner un 33 tours ou un CD qui sont composé de plusieurs titres ou morceaux.

ALLIGATOR - Vieux terme des années 20s pour désigner tous les passionnés de jazz.

ARPEGE - Lorsque on joue toutes les notes d'un accord, non pas en même temps mais successivement.

ARRANGEUR - C'est un professionnel qui écrit les arrangements, c'est à dire, les orchestrations pour qu'un groupe, big band, ou orchestre puisse jouer un titre ensemble avec une structure musicale. C'est un art qui exige du talent et une bonne connaissance de l'écriture de la musique.

ATONALITE - Système, comme son nom l'indique, à l'opposé du système tonal. C'est à dire que pour le système atonal les douze tons de la gamme chromatique sont équivalent tandis que les accords sont autonomes. En d'autres mots, la musique atonale manque un centre tonale ou une tonalité de base comme dans la musique tonale. Bien que le jazz a été une musique tonale dans sa tradition classique, certains musiciens, à commencer par Charlie Parker, ont tenté des expériences atonales.

ATTAQUE - Effet qui consiste à marquer très distinctement le début d'une note.

BACKGROUND - Nappe sonore, improvisée ou non, sur laquelle se tisse le solo.

BALLADE - La ballade, jouée par les trouvères, apparut en Europe dès le Moyen Age. Aux Etats-Unis, elle désigna par la suite une chanson populaire, assez nostalgique. Dans le jazz, la ballade est un morceau langoureux, le plus souvent joué sur un tempo lent ou moyen.

BEAT - "To beat" est de battre la mesure qui est plus ou moins un synonyme de tempo, voire de swing. Dans les morceaux à quatre temps, les premiers et troisième temps correspondent aux temps forts, les deuxièmes et quatrièmes aux temps faibles. Le "down beat" est le premier temps d'une mesure. Les sections rythmiques des orchestres de jazz jouent normalement selon deux principes: le "two beat" qui est l'accentuation des temps faibles et le "four beat" qui consiste à marquer tous les temps.

CHARLESTON - Danse très rythmée des années vingt et aussi le titre d'une chanson dont le compositeur était le pianiste de stride, James P. Johnson. On pense que la danse a été créée vers le début du 20ème siècle par des noirs vivant dans une île près de la ville de Charleston, South Carolina d'oû son nom "Charleston". La danse s'est trouvée à Harlem vers 1913 et la chanson de Johnson a été chantée dans un spectacle "Runnin' Wild" sur Broadway en 1923. C'était sans doute une des chansons la plus populaire des années 1920. La "charleston" est également une partie de la batterie, composée de deux cymbales actionnées par une pédale, qui accroit considérablement la puissance rythmique du batteur.

CHASE - La traduction litérale est "chasse, poursuite" qui est une échange entre deux solistes. C'est un procédé qui s'emploie souvent lors des "jam sessions". Une "jam session" ou un "boeuf" est une rencontre au pied levé entre musiciens de jazz, characterisée par des improvisations.

CHICAGO (style) - Jazz proche du style Nouvelle-Orléans qui était surtout pratiqué à partir des années 20 par des musiciens à Chicago comme Eddie Condon (chef d'orchestre, banjo/guitar), Mezz Mezzrow (clarinette), Pee Wee Russell (clarinette) et Bix Beiderbecke (cornet).

CHIFFRAGE - Méthode qui consiste à nommer la fondamentale de l'accord par une lettre: A = la, B = si, C = do, D = ré, E = mi, F = fa, G = sol.

CHORUS - (signification anglo-saxone) Littéralement "choeur" ou "refrain", est la mélodie principale d'un thème avec une structure harmonique établie.
    Dans l'expression jazzistique française "prendre un chorus", i.e. "prendre un solo improvisé non-écrit généralement, sur la grille harmonique d'un thème initialement exposé".

CODA - Passage à la fin d'un thème constitué par une addition à la structure de base du thème.

COMBO - Mot dérivé du terme anglais "combination" qui est une formation de jazz assez réduite, qui est composée de 5 à 9 musiciens.

COOL - Forme de jazz apparue dans les années 50 et qui est associée surtout avec des musiciens de la côte ouest des États-Unis. Le jazz "cool" qui a des rythmes plutôt tranquilles et des tons légers succéde au mouvement "bop" qui était souvent plus rapide. Miles Davis était un des grands protagonistes du mouvement "cool" et curieusement un de ses albums le plus important de ce genre, "Birth of the Cool" "Naissance du Cool" (1957), a été enregistré à New York qui est sur la côte est des États-Unis.

DIXIELAND - Dans les années 1830-40, une banque à la Nouvelle-Orléans en Louisiane a émis un billet de banque de 10 dollars avec le mot "dix" écrit en français dessus. A partir de cela, on a commencé à parler du sud des Etats-Unis comme "Dixie". Le dixieland jazz est proche du style Nouvelle-Orléans et se caractérise par l'improvisation collective. Parfois des commentateurs ont pensé que le "dixieland" était interprété seulement par des musiciens blancs, mais il y a eu des groupes dixieland qui avaient aussi des jazzmen noirs.

FAKE - (littéralement "imiter") Se dit parfois des musiciens de jazz qui jouent à l'oreille et qui improvisent.

FREE JAZZ - (jazz "libre") Des musiciens ont commencé à quitter les conventions classiques du jazz à la fois dans le rythme et dans l'harmonie (abondon du thème, du swing et de la structure). Le premier enregistrement de ce genre a eu lieu en 1949 par Lennie Tristano (pianiste), Billy Bauer (guitare), Lee Konitz (sax alto), Arnold Fishkin (basse). Cet enregistrement a été fait sans harmonie, sans tonalité, sans mélodie et sans un rhythme défini. Vers 1981, j'ai rencontré Lee Konitz au Sunset, un club à Paris et dans une conversation avec lui je lui ai dit que je pensais que ce "free jazz" qu'il a expérimenté avec Lennie Tristano en 1949 était "un peu chaotique". Konitz a dit "Non! Ce n'était pas 'un peu' chaotique, c'était complétement chaotique!". Le pianiste Bill Evans a dit que le "free jazz" est comme jouer au tennis sans filet. Ce genre a quand même été pratiqué par certains musiciens (Albert Ayler, Eric Dolphy et Ornette Colemen par exemple). Le terme "free jazz" avec le mot "free" (libre) revêt également une connotation politique.

FUNK - Style de musique basé sur une rythmique accentuée plutôt binaire avec des thèmes exotiques. C'est une musique où souvent les synthétiseurs et les boîtes à rythmes tiennent une place importante.

GOSPEL ET NEGRO SPIRITUALS. Cantiques interprétés de façon rythmée, à l'origine par des noirs américains dans les églises.

GROOVE ou IN THE GROOVE - S'emploie lorsqu'un morceau swingue parfaitement.

HARD BOP. Extension de "be bop" ou "bop" qui est un style caractérisé par l'apport de rythmes afro.

HONKY TONK - Litéralement "beuglant". Ce sont des tripots de la Nouvelle-Orléans où certains musiciens de jazz, souvent des pianistes, jouaient. Cela représente aussi le style de musique, plutôt rythmée, qu'on jouait dans ce genre d'établissement.

HOT - Littéralement "chaud" concerne un melange de ragtime, blues, jazz et marches joué par les fanfares. A la Nouvelle Orléans, des petits groupes jouaient le "hot jazz" lors d'événements comme des bals et des enterrements. C'est un genre musical avec beaucoup d'improvisation collective.

IMPROVISATION - L' improvisation est le processus par lequel le musicien crée ou produit une œuvre musicale spontanée, imaginaire ou ex nihilo, en se servant de sa créativité dans l'instant avec spontanéité. Il se sert de son savoir technique et théorique et parfois aussi du hasard. On peut improviser sur une grille (succession d'accords), sur une mélodie ou librement comme dans le "free jazz". L'improvisation existe aussi bien dans la musique classique que dans le jazz. Par exemple, Bach et Beethoven étaient réputés pour leurs improvisations. Beethoven a même incorporé des improvisations dans certaines de ses sonates. Bien d'autres musiciens classiques comme Francis Poulenc et Pierre Boulez ont suivi cette tradition.

INDICATIF – Thème joué au début et à la fin d'un concert ou d'une émission de radio ou de télévision.

JAM SESSION -  L’origine de cette expression est incertaine.  Le "jam" en question pourrait venir du mot "confiture" en anglais qu'on étale sur un morceau de pain, donc quelque chose sans organisation stricte.  Cette expression désigne une rencontre entre musiciens qui d'habitude ne jouent pas ensemble dans le même groupe. Dans une "jam session" ils jouent sans programme ni partitions à partir de thèmes ou de structures harmoniques connus de tous.  Le tout procède avec beaucoup de spontanéité, à batons rompus.   En français on appelle ça un "bœuf".  Ce mot "bœuf" peut aussi se référer à une situation où lors d'un concert un musicien extérieur au groupe est invité sur scène pour jouer, c’est dire à “bœuffer” ou “faire le bœuf".   Ceci se dit en anglais "to sit in".  On pense que "faire le bœuf" pourrait venir du nom d'un des premiers lieux parisiens ouverts au jazz, "Le Bœuf sur le toit".

LIVE -  Un enregistrement "live" est realisé lors d'un concert devant le public.

MAINSTREAM JAZZ (jazz dans "le courant principal").  Terme employé pour désigner un style de jazz fidèle au swing des années trente et quarante.  En France on a tendance à dire "middle jazz" ce qui est à peu près la même chose. 

MOOD – (humeur ou atmosphère).  Aux années trente les grands orchestres (big bands) jouaient un style de musique avec des arrangements sophistiqués pour créer un "mood" ou une atmosphère, comme "Mood Indigo" de Duke Ellington ou certains titres de Glenn Miller.  Peu à peu la “mood musique” est venu désigner des morceaux avec peu de jazz, plutôt banal, qui ont pour but de créer une atmosphère ou un fond musical apaisant.

NOUVELLE-ORLEANS - (New Orleans)-  Le style de jazz Nouvelle-Orléans, qui a été créé dans la ville de la Louisiane de ce nom, se caractérise par une structure orchestrale adaptée pour la danse et la fanfare.  Cette structure comprend en général au début 5 à 8 instruments avec une section rythmique (batterie, basse, banjo/guitare, et le piano qui a été intégré dans ces groupes par la suite) et une section mélodique (1 ou 2 trompettes, un trombone et une clarinette).  Les trois voix mélodiques forment une polyphonie qui créent un genre de contrepoint collectif où l'improvisation est de règle.

POLYPHONIE -  La polyphonie est la combinaison de plusieurs mélodies ou de parties musicales jouées ou chantées en même temps.  Dans le style Nouvelle-Orléans le jeu des soufflants (trompettes, trombone, clarinette et parfois le saxophone) est l’exemple typique de la polyphonie en jazz.

PONT (bridge)– Le pont ou "bridge" est la partie musicale intercalée entre les thèmes.  C’est la partie B dans une construction A-A-B-A. 

RAGTIME -  Le ragtime est un genre musical qui a émergé aux États-Unis et qui est devenu populaire à partir de la fin des années 1890.  Le ragtime est généralement considéré comme l'un des principaux précurseurs du jazz.  Principalement associé au piano, le ragtime est aussi joué avec d'autres instruments, tels que le banjo et la guitare, et peut être interprété par des ensembles de jazz Nouvelle-Orléans.  Le plus célèbre compositeur de ragtime est Scott Joplin (1868-1917).  Le ragtime est une variante de la marche, généralement écrit en 2/4, 4/4 ou 3/4  pour la valse ragtime.  Dans le ragtime, la main gauche s’occupe des notes basses avec un "stride" ou un accord plus haut, et la main droite doit effectuer une syncope pour la mélodie.  Le nom "ragtime", littéralement "temps en lambeaux ou déchiqueté", vient de l'utilisation décalée que l'on donne au jeu des deux mains. 

SCAT -  (scat singing)  C'est une manière de chanter où les paroles sont remplacées par une suite d'onomatopées sans signification permettant une liberté d'improvisation comparable à celle d'un instrument soliste.  La légende veut que Louis Armstrong ait inventé le scat au moment d'enregistrer le titre, "Heebie Jeebies", en 1926.  Après un chorus chanté, la feuille avec les paroles est tombée et sans se démonter il aurait improvisé son deuxième chorus en "scat" ou onomatopées.  Lorsque le producteur du disque lui aurait fait un reproche pour cela, Armstrong aurait répondu: “Je n’ai pas chanté et je te promets, je ne le ferai plus".  Jelly Roll Morton a dit que d'autres, y compris lui-même pratiquaient ce type de chant bien plus tôt que 1926. 

SECOND LINE – Terme qui s'applique à toutes les personnes qui accompagnent en dansant et en chantant les fanfares lors de défilés ou de cérémonies qui avaient lieu à la Nouvelle-Orléans.

SHUFFLE –  Le shuffle est littéralement un "pas frotté" avec le pied à plat, en usage dans les danses.  C'est un accompagnement où le pianiste joue alternativement à deux mains, une basse et un accord, créent un rythme voisin du boogie-woogie aidé par le contrebassiste et le batteur.

SIDE MAN -  Un musicien accompagnateur, le "side man" est un terme utilisé pour designer un musicien dans un orchestre autre que le chef d'orchestre.

STANDARD -  Un thème qui est devenu un classique.   

SOURDINE – C'est un appareil qui se place dans le pavillon d'un instrument de musique, tel qu'une trompette ou un trombone, qui permet d'adoucir le son.

STOP CHORUS -  Solo par l’instrumentaliste avec des "breaks" littéralement des coupures jouées par la section rythmique avec parfois les soufflants qui ne marque que le premier temps de la mesure. 

SWING -  C'est un élément fondamental du jazz concernant le rythme.  Littéralement c'est un genre de "balancement".  Ce n'est pas un élément susceptible de se traduire en signe de solfège, donc le "swing" demeure d'appréciation variable et subjective, donc difficile de définir.  Il faut plutôt le sentir.  Le mot aurait fait sa première apparition en 1907 dans le titre d'une composition de Jelly Roll Morton:  "Georgia Swing".  Peut-être la meilleure façon d'approcher le "swing" est par la danse où le mouvement dans le rythme de la musique produit un genre de "balancement".   C'est cette sensation qui caractérise le swing. 

TRADITIONAL JAZZ -  En Angleterre on parle de "trad jazz".  Le Traditional Jazz englobe généralement tout ce qui vient avant la période Swing des années 30, c’est à dire les styles Nouvelle-Orléans (New Orleans), Chicago, Dixieland, ainsi que le revival de ces styles.  Le mot "traditional" s'applique aussi à un morceau folklorique dont on ne connaît ni la date de composition ni l'auteur, comme par exemple:  "St James Infirmary", "Nobody Knows The Trouble I've Seen", ainsi que le titre qu'on joue souvent à la fin d'un concert, "When the Saints Go Marching In”.

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