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Le Jazz Club de Montpellier

Saison 2020



L'édito d'Arthur FELL
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Une Courte Histoire du Commerce de la Musique et de son Avenir (y compris le jazz).

 Soyez tranquille, cher lecteur, le titre de cet Edito est en partie une plaisanterie. On ne peut pas couvrir ce sujet dans un Edito. Il faudrait un grand livre, et encore. Mais, on va faire une petite esquisse du sujet qui est subjective. On ne peut couvrir qu'une petite partie du sujet et soulever des questions dans un si petit espace.
  Au 20ème siècle, la musique est devenue économiquement et commercialement importante pour la première fois dans l'histoire.  Ce qui se passera au 21ème siècle n'est pas clair.  Peut-être on va retourner vers un plus ancien modèle d'existence pour les artistes ou vers autre chose encore à être développée.  L'avenir de la musique en tant que commerce est obscur et pour le jazz encore plus incertain. 
 Du 17ème au 19ème siècle la musique a été financée principalement par l'église, les états et des individus riches, c'est à dire les philantropes, souvent des aristocrates ou des nobles.  En dehors de cette musique subventionnée, la musique était d'habitude jouée à la maison par des amateurs et dans les fêtes.  Le commerce de la musique en tant que tel n'était pas important.  La fabrication d'instruments de musique a commencé comme commerce mais son rôle dans l'économie n'a été important que plus tard.
 Vers le milieu du 19ème siècle la possibilité de commercialiser la musique sur une plus grande échelle a émergé.  Une chanson pouvait devenir un "hit" (un tube) si elle faisait partie d'une opérette.  Par exemple, "La Veuve Joyeuse" est devenue célèbre de cette façon.   Une chanson pouvait aussi devenir célèbre dans les spectacles de variétés où les artistes pouvaient  gagner leur vie.
  Les artistes pouvaient aussi gagner leur vie par des concerts et l'opéra, en donnant des leçons, et les compositeurs par la publication de leurs oeuvres.  Mais en tant que commerce le rôle de la musique était encore minuscule dans l'économie en général.
 Cependant, l'importance des éditeurs de musique est devenue plus grande dans la dernière moitié du 19ème siècle lorsqu'ils ont commencé à vendre des partitions que les amateurs pouvaient jouer chez eux.  C'était le début d'un modèle commercial pour les éditeurs et les compositeurs, un modèle qui s'est aggrandi au début du 20ème siècle.  En même temps les orchestres de danse et les interprètes ont obtenu une place dans le commerce de la musique. 
   A partir des années 1920 la technologie d'enregistrement s'est progressivement améliorée.  De plus en plus le public a acheté des phonographes et des enregistrements de musique.   Le commerce de la musique pour les éditeurs, les maisons de disques, et les musiciens s'est aggrandi et encore davantage avec la radio, soutenue par la publicité.
 Les artistes ont été payés pour jouer à la radio et plus tard à la télévision. Les orchestres de danse professionels se sont mutipliés.  Les médias ont aidé à vendre les nouvelles chansons et à faire connaître les artistes. L'industrie de la musique s'est aggrandie encore avec le cinéma.
 Après la Seconde Guerre Mondiale la télévision et les ventes des enregistrements ont pris un essor mais les orchestres de danse et les "big bands" ont cédé la place à la musique que les jeunes ont adoptée, le rock.   Ce dernier type de musique a changé l'industrie.  Avant le rock, les compositeurs composaient la musique et gagnaient de l'argent avec les droits d'auteurs, et les artistes interprétaient les chansons.  Avec  le rock les deux rôles ont fusionné en un.  Ces "artistes-compositeurs" de rock étaient sous contrat des maisons de disques qui ont pris de plus en plus de pouvoir par rapport aux éditeurs de musique qui étaient en déclin. 
  Les maisons de disques se sont aggrandies et pouvaient faire ou défaire la carrière des artistes.  Il y avait aussi des intermédiaires dans ce modèle qui décidaient de ce qui serait diffusé par les médias. 
  La musique était davantage vendue pour son image et sa valeur commerciale que pour sa qualité musicale.  Le public qui, autrefois jouait et chantait chez eux et dans les fêtes, est devenu moins instruit musicalement et ne semblait pas voir la baisse de qualité musicale qui leur était offerte.  La techno et  l'électronique, qui sont difficilement classifiés comme musique dans son sens traditionel, sont devenus omniprésent mais c'est un sujet trop compliqué pour cette esquisse du sujet.
 Les années 1990 ont marqué le début de la fin des grandes maisons de disques.  Il y a eu l'introduction des Compact Disc (CD) facilement copiable. Le format mp3 ainsi que des sites comme Napster et Spotify favorisaient le partage de la musique.   Apple a créé iTunes. 
  On a commencé ensuite à voir la fin du CD.  Les ordinateurs modernes n'ont même plus de lecteur pour un CD.  Les jeunes d'aujourd'hui boudent les CDs qui se vendent de moins en moins.
 Pendant la dernière moitié du 20ème siècle les grandes maisons de disques s'occupaient des artistes.  Les maisons de disques qui ont continué à exister n'ont plus les budgets ni le désir de produire que de la musique la plus banale pour vendre à un public avec une appréciation et une compréhension limitée, sinon médiocre, de la musique. 
  Les artistes sont dorénavant dans une situation où la technologie existe pour produire facilement eux-mêmes de la musique sans une maison de disque.  Ils peuvent gagner de l'argent dans les concerts et la vente directe de leurs CDs dans les concerts, mais peu d'artistes peuvent réussir à gagner bien leur vie dans ce système. Le résultat est une baisse de la variété et de la qualité de l'offre musicale.
  Qu'est-ce qui viendra par la suite?  Ce sera peut-être un retour au modèle du 19ème siècle avec des riches philantropes et l'état qui pourraient continuer à financer la musique.  Mais l'église ne joue pratiquement plus de rôle.  La musique classique a toujours été financée par les moyens décrits ci-dessus pour la période avant le 20ème siècle.  Sans les subventions des états et les dons des philantropes, les grands orchestres symphoniques ou les orchestres philharmoniques n'auraient pas pu exister. 
 A l'avenir peut-être le "crowdfunding" (genre de financement populaire par des individus sur internet) serait possible dans certains cas pour financer quelques artistes, mais ce système est incertain.   
 Pour éviter que la musique devienne de plus en plus médiocre et pour améliorer l'offre musicale en qualité, des nouveaux systèmes doivent être développés.  Même pour la musique populaire de qualité limitée l'avenir est incertain. Le remplacement des musiciens par l'électronique avance à grand pas.
  L'avenir est encore plus incertain pour le jazz qui est en déclin depuis plusieurs années. 
  J'ai l'espoir que le jazz, qui a une riche histoire et qui peut apporter tellement de plaisir et de joie au public, va trouver le moyen d'exister.  Peut-être ce sera principalement les amateurs qui vont continuer à donner vie au jazz avec de moins en moins de professionnels, un peu comme pour la musique en general dans les siécles passés.   Dans quelle forme le jazz existera est impossible à prévoir actuellement, mais son existence commerciale, en tant que telle, sera, je pense, très diminuée sinon une chose du passé. 


pb gifArthur FELL
Animateur de l'émission "Swing Doctors"
tous les Mardis et Dimanches à 10h,
ou tous les Vendredis à 14h
sur Radio Aviva 88 FM

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